Lamour n’est pas d'abord une relation Ă  une personne prĂ©cise ; c’est une attitude, une prĂ©disposition du caractĂšre qui dĂ©termine la relation d’une personne au monde dans son entier, pas seulement envers un « objet » d’amour. Freudnous avertit que, dans une psychanalyse, il ne se passe rien d’autre qu’un Ă©change de paroles ; il nous prĂ©vient aussi qu’il n’est pas possible de l’apprendre dans les livres. Ainsi « Ă©crire la psychanalyse » est un Ă©noncĂ© aporĂ©tique qui retrouve le hiatus entre thĂ©orie et pratique. Pourtant, on fait des psychanalyses comme on fait l’amour. autrechose en disant que l’amour, c’est le signe qu’on change de discours ».2 Lier l’amour comme signe d’un changement de discours, au discours de la psychanalyse, serait-ce nous renvoyer Ă  l’élaboration de l’amour de transfert, en jeu dans toute cure ? Soit Ă  la chute des idĂ©aux, de l’idĂ©alisation de l’Autre en quoi Dixans aprĂšs les premiĂšres rencontres et la crĂ©ation du groupe d’entraide et de soutien psy de la Montagne Limousine Au regard du contexte socio-politique modelant actuellement l’offre de soin psy, les institutions, et leurs abords Au fil des rencontres avec des personnes et collectifs souhaitant trouver leur maniĂšre propre de faire soutien auprĂšs de [] Lacanva donc extraire l’amour de son engluement narcissique pour en faire un pacte symbolique dans « les dits de l’amour » Ă  la condition qu’une « libertĂ© accepte de se renoncer elle mĂȘme ». Dans le mĂȘme souci d’attĂ©nuer la capture narcissique, il passera du « pacte » au « don actif » disant alors que « l’amour c’est donner ce qu’on n’a pas Ă  quelqu’un qui n Sil’amour est reconnaissance de l’autre, c’est parce que l’on aime que l’on ne comble pas tout Ă  fait. C’est parce que je t’aime et que je tiens Ă  toi (en vie) que j’agis de façon telle que tu crois que je ne t’aime pas pourrait-on lire sous certaines dĂ©sapprobations hostiles. Jecrois qu’à un moment il a pensĂ© que le dĂ©sir et l’amour pouvaient ĂȘtre l’ouverture de cette impasse." Des interrogations qui resteront en suspens jusqu'Ă  la diffusion de la saison 2 . jRUt. Êtes-vous conscient de projeter des sentiments et des problĂšmes dans vos relations ? Que cela soit dans les relations amoureuses, avec nos amis, avec les membres de sa famille ou des collĂšgues, beaucoup de conflits prennent naissance Ă  cause de la projection de nos propres Ă©motions sur les autres que nous transfĂ©rons sur les autres tel un miroir. Alors, comment fonctionne cette projection psychologique et dans quelles circonstances avons-nous tendance Ă  projeter sur les autres ce que nous avons Ă  l’intĂ©rieur de nous-mĂȘmes ? Au plus profond de nos esprits se cachent de nombreuses pensĂ©es et sentiments que nous aimerions nier. Ces dĂ©sirs et ces impulsions sont si offensants pour la partie consciente de l’esprit qu’elle lance divers mĂ©canismes de dĂ©fense psychologiques pour les empĂȘcher d’entrer. Une façon de le faire est de projeter ces sentiments sur d’autres personnes pour la plupart, mais aussi sur des Ă©vĂ©nements et des objets dans le but d’externaliser le problĂšme. La projection psychologique est un mĂ©canisme de dĂ©fense qui se produit lorsqu’un conflit survient entre vos sentiments inconscients et vos croyances limitantes. Afin de maĂźtriser ce conflit, vous attribuez ces sentiments Ă  quelqu’un ou Ă  quelque chose d’autre. En d’autres termes, vous transfĂ©rez la propriĂ©tĂ© de ces sentiments troublants Ă  une source externe. À lire aussi Comment parler Ă  ses amis des violences qu’on subit ? Cette approche en psychanalyse provient originalement d’une thĂ©orie de Freud. C’est un moyen pour nos esprits de traiter les aspects de notre caractĂšre que nous considĂ©rons comme problĂ©matique. PlutĂŽt que d’admettre notre faille, nous trouvons un moyen de la corriger dans une situation externe Ă  nous. En projetant ces failles, nous pouvons Ă©viter d’avoir Ă  les identifier consciemment , Ă  en prendre possession et Ă  y faire face. Tout ce qui nous irrite sur les autres peut nous conduire Ă  une meilleure comprĂ©hension de nous-mĂȘmes. » – Carl Gustav Jung Voici 9 exemples de projection psychologique les plus courants Attirance pour une personne autre que votre partenaire. Un homme ou une femme qui ressent un fort sentiment d’attirance pour une troisiĂšme personne projette ces sentiments sur son conjoint et l’accuse d’ĂȘtre infidĂšle. Ce blĂąme est en fait un mĂ©canisme de dĂ©ni pour ne pas se sentir coupables de leurs propres dĂ©sirs pour une autre personne. ProblĂšmes d’image corporelle. Lorsque nous n’aimons pas l’image de notre corps, nous pouvons choisir d’ignorer ces soi-disant dĂ©fauts en saisissant chaque occasion de les repĂ©rer dans d’autres personnes. La projection vous permet de prendre le dĂ©goĂ»t que vous pouvez avoir pour votre apparence et de vous en Ă©loigner en la concentrant sur d’autres personnes. Ne pas aimer une personne. Lorsque nous n’aimons pas quelqu’un, nous cherchons parfois Ă  projeter ce sentiment sur elle afin que nous puissions justifier une raison de la dĂ©tester. Nous ne sommes pas disposĂ©s Ă  l’admettre consciemment, donc nous croyons que c’est l’autre qui ne nous aime pas. La jalousie. Si nous devions vraiment dire pourquoi nous n’aimons pas une personne, nous nous retrouvons souvent face Ă  face avec des qualitĂ©s que nous aimerions avoir, donc nous jugeons l’autre pour ce que nous n’avons pas. InsĂ©curitĂ© et vulnĂ©rabilitĂ©. Lorsque nous ne nous sentons pas sĂ»rs de certains aspects de nous-mĂȘmes, nous cherchons des moyens d’identifier une certaine insĂ©curitĂ© chez d’autres personnes. C’est souvent le cas avec un comportement d’intimidation oĂč l’intimidateur ciblera les insĂ©curitĂ©s des autres afin d’éviter de traiter ses propres prĂ©occupations. C’est pourquoi ils rechercheront les individus les plus vulnĂ©rables qui peuvent ĂȘtre facilement attaquĂ©s sans risque de reprĂ©sailles Ă©motionnellement douloureuses. La colĂšre. Afin de masquer la colĂšre qui peut faire rage Ă  l’intĂ©rieur, certaines personnes la projettent sur ceux avec lesquels ils sont en colĂšre. Nos comportements irresponsables. Nous n’aimons peut-ĂȘtre pas l’admettre, mais nous adoptons tous des comportements qui pourraient ĂȘtre considĂ©rĂ©s comme irresponsables. Pour Ă©viter les sentiments de remords, nous projetons notre irresponsabilitĂ© sur les autres et les critiquons pour leurs actions. Nos Ă©checs. Lorsque nous nous percevons comme ayant Ă©chouĂ© Ă  quelque chose, il est courant pour nous de pousser les autres Ă  rĂ©ussir cette mĂȘme chose, sans se rendre compte que cela est une tentative de nier notre propre Ă©chec. Prenons par exemple l’athlĂšte ratĂ© qui force son enfant sur la route sportive dans le but inconscient de rĂ©aliser son rĂȘve au travers son enfant. Nos qualitĂ©s et rĂ©ussites. C’est l’un de ces rares cas oĂč nous projetons des aspects positifs de notre propre personnalitĂ© sur les autres. La projection peut ĂȘtre une chose consciente, mais la plupart du temps, elle a lieu sous la surface en fonction de l’inconscient. Cet Ă©lĂ©ment de la psychologie peut sembler efficace pour dĂ©fendre notre esprit contre la douleur, mais il y a deux problĂšmes fondamentaux qui vont Ă  l’encontre de cet argument La projection nous fait nous sentir supĂ©rieurs Ă  tous les autres car elle nous permet de nĂ©gliger nos propres dĂ©fauts et insuffisances tout en affinant simultanĂ©ment ce que nous percevons comme imparfait chez les autres. Tant que nous continuons de nier l’existence de ces sentiments, aucun mĂ©canisme ne peut nous aider Ă  les combattre et Ă  les surmonter. Ce n’est que lorsque nous acceptons qu’ils font partie de nous que nous pouvons commencer Ă  travailler Ă  travers eux et finalement nous en dĂ©barrasser complĂštement. La projection est souvent prĂ©judiciable Ă  nos relations avec les autres, donc toute tentative de l’éradiquer comme une habitude en vaut la peine. La bonne nouvelle, c’est qu’il est possible de reprogrammer la partie inconsciente de son cerveau et nous pouvons rĂ©aliser Ă  peu prĂšs n’importe quoi si nous prenons d’abord le temps de le reconditionner. Pour aller plus loin Pourquoi le manipulateur narcissique se place en position de victime ? Comment guĂ©rir nos blessures d’enfance avec la reprogrammation du subconscient ? Lorsque vous ĂȘtes capable d’affronter de front des sentiments indĂ©sirables, vous constaterez qu’ils sont beaucoup moins drainants ou dommageables Ă  long terme. Francis M. par Simplement Francis Je suis le fondateur de ce site, une communautĂ© multi collaborateurs ayant une portĂ©e rejoignant sur les mĂ©dias sociaux des millions de personnes chaque mois.... Visiter le site web Écrire Ă  Simplement Francis Suivez Francis M. 💙 sur les mĂ©dias sociaux Cet article vous a-t-il Ă©tĂ© utile ? Partagez-le avec vos amis! DerniĂšres publications de Francis M. 💙 Toutes les publications de Francis M. 💙 Top articles du mois Vous aimerez aussi SuiteAvis de non-responsabilitĂ© Les propos et les conseils de cette publication, incluant les produits et services offerts, sont le point de vue de son auteure, de ses croyances, de son expĂ©rience de vie et/ou professionnel. Les Mots est un magazine collaboratif d'inspirations ouvert Ă  tous, donc, nous nous dĂ©gageons totalement de toutes responsabilitĂ©s du rĂ©sultat de son application. Pour toutes problĂ©matiques de santĂ© physique et/ou psychologique, il est conseillĂ© de choisir avec discernement et de consulter un spĂ©cialiste mĂ©decin, psychologue, services sociaux, etc. afin d’arriver Ă  mettre l’information dans le contexte de votre rĂ©alitĂ©. La psychanalyse et la question de l`amour1 Le Bulletin Freudien nÂș 37-38 AoĂ»t 2001 La psychanalyse et la question de l’amour1 Marie-Claire Boons J e procĂ©derai pour cet exposĂ©, d’abord par quelques remarques ; ensuite par une sĂ©rie de questions thĂ©oriques rencontrĂ©es dans des textes de Freud et de Lacan, que j’essayerai de commenter. Il s’agira pour l’essentiel d’un rappel quelle place et quelle fonction dans la structure psychique, la psychanalyse accorde-t-elle Ă  l’amour ? PremiĂšre remarque La question de S. Beckett comment vivre sĂ©parĂ©-ensemble ? » est une question posĂ©e Ă  l’amour, si tant est que l’amour, dans sa structure narcissique mĂȘme, serait ce qui permet de supporter le deux » de la diffĂ©rence sexuelle, de supplĂ©er Ă  la bĂ©ance du deux ». Lacan dira de l’amour entre deux humains qu’il les met hors d’eux, hors deux. Ainsi serons-nous amenĂ©s Ă  penser l’amour comme processus paradoxal oĂč se vĂ©rifie qu’il y a en jeu, dans tout rapport, l’impossible d’un deux. 1. Retranscription d'une confĂ©rence donnĂ©e en mai 2001 Ă  Namur aux facultĂ©s NotreDame de la Paix Ă  la demande de Jean-Pierre Lebrun. – 25 – M-CL. BOONS DeuxiĂšme remarque L’amour est de l’ordre de l’évĂ©nement. Il se rĂ©fĂšre Ă  ces choses qui arrivent... » quand un homme rencontre une femme, un homme, un homme, une femme, une femme l’amour est vouĂ© au hasard de la rencontre. Comment un homme aime une femme ? » Par hasard », rĂ©pond Lacan. S’il y a Ă©vĂ©nement, il y a surprise et ce qui fera nomination tient Ă  la dĂ©claration d’amour. Le moment de la passion amoureuse, c’est l’heur, du bon-heur. Du ravissement soudain. De l’extase qui vous dĂ©place et vous met dans l’ĂȘtre. C’est un moment dont on peut dĂ©crire les issues mortelles, si on veut le prolonger tel Ă  tout prix RomĂ©o et Juliette, Tristan et Yseult. Mais par delĂ  la passion traversĂ©e, l’amour ouvre, dans la dĂ©couverte d’un manque, Ă  la mise en processus infini de la vĂ©ritĂ© que la passion recĂ©lait. TroisiĂšme remarque L’amour donne de l’ĂȘtre, est don de l’ĂȘtre. II vise l’ĂȘtre dont le sujet manque parce qu’il parle. L’amour me fait ĂȘtre. S’il est vrai que nous manquons d’ĂȘtre du fait du langage, on peut alors soutenir la formule de Lacan l’amour est don de ce qu’on n’a pas. QuatriĂšme remarque Que devient l’amour dans une conjoncture sociopolitique et idĂ©ologique soumettant nos sociĂ©tĂ©s au discours de la science, aux avancĂ©es de toutes les techniques, Ă  l’économie libĂ©rale devenue mondiale du capitalisme ? Quelles sont ses nouvelles figures, comment se recompose-t-il – car nous ne le pensons pas perdu – alors que s’inscrivent dans le devenir de nos sociĂ©tĂ©s le mouvement des femmes prenant parole et pouvoir sur et dans la scĂšne publique, alors que toutes les homosexualitĂ©s s’affirment, que les familles se dĂ©composent et se refont vaille que vaille, que les identitĂ©s sexuelles vacillent sans se cacher, qu’on assiste Ă  l’érosion des coordonnĂ©es masculines comme valeurs au creux mĂȘme du dĂ©clin du patriarcat ? On a coutume de dire que le capitalisme et son idĂ©ologie de la consommation excluent l’amour on consomme et quand ça ne va plus on jette. Tout discours qui s’apparente du capitalisme laisse de cĂŽtĂ© les choses de l’amour », dit Lacan en 1972. Souvent aussi, on articule la perte de la lĂ©gitimitĂ© de l’autoritĂ© – en l’occurrence l’autoritĂ© paternelle qui Ă©tait soutenue par l’idĂ©ologie patriarcale et ses assises dans l’amour divin – Ă  une perte d’amour, si tant est que comme Freud le pose dans – 26 – La psychanalyse et la question de l’amour son mythe, l’amour s’adresse s’adressait au pĂšre qu’on a tuĂ©, pĂšre d’autant plus vĂ©nĂ©rĂ© par les fils qu’il Ă©tait mort du fait d’un meurtre. ttt En vĂ©ritĂ©, on est en train de changer de discours et on ne sait pas en quoi ce changement obligera la psychanalyse Ă  remanier ses concepts fondamentaux. Serait-elle dans un premier temps amenĂ©e Ă  changer les noms qu’elle avait donnĂ©s aux fonctions logiques Ă©tablies pour le fonctionnement de la structure psychique ? On n’a pas encore les nouveaux noms, mais sous la pression du changement de discours dans nos sociĂ©tĂ©s, quelque chose vacille autour de la nomination des grands repĂšres phallus », signifiant du nom du pĂšre », ... dont la thĂ©orie psychanalytique a fait doctrine. La consĂ©quence est un changement de raison, sans doute Ă  l’intĂ©rieur mĂȘme de ce changement de raison que la dĂ©couverte freudienne des lois de l’inconscient a introduit. On change de raison c’est-Ă -dire on change de discours », dit Lacan en se rĂ©clamant du poĂšme de Rimbaud intitulĂ© justement À une raison. Du passage d’une raison Ă  l’autre c’est l’amour qui, dans ce poĂšme, en est le signe. Le signe qu’on change de raison, c’est-Ă -dire qu’on change de discours » Ta tĂȘte celle d’une Raison Ă  qui le poĂšme est adressĂ© se dĂ©tourne, le nouvel amour ! Ta tĂȘte se retourne, le nouvel amour ! » AprĂšs quoi Lacan pose que tout passage d’un discours Ă  un autre impliquerait l’intervention du discours de la psychanalyse et, est-il soulignĂ© Je ne dis pas autre chose en disant que l’amour, c’est le signe qu’on change de discours ».2 Lier l’amour comme signe d’un changement de discours, au discours de la psychanalyse, serait-ce nous renvoyer Ă  l’élaboration de l’amour de transfert, en jeu dans toute cure ? Soit Ă  la chute des idĂ©aux, de l’idĂ©alisation de l’Autre en quoi l’amour se soutenait ? Quelques repĂšres freudiens Au dĂ©part, pour Freud, le mot amour se prĂ©sente comme une nĂ©buleuse il subsume toutes les variĂ©tĂ©s de l’amour mais regroupĂ©es en un seul et mĂȘme ensemble de tendances qui invite Ă  l’union, sexuelle ou pas. Par exemple, dans Psychologie 2. J. Lacan, Le SĂ©minaire, livre XX, Encore, Paris, Seuil, 1975, p. 20. – 27 – M-CL. BOONS collective, il dit en vrac toutes les variĂ©tĂ©s de l’amour amour de soi-mĂȘme, amour qu’on Ă©prouve pour les parents et les enfants, l’amitiĂ©, l’amour des hommes en gĂ©nĂ©ral, l’amour d’un homme pour une femme, l’attachement Ă  des objets concrets et Ă  des idĂ©es abstraites, etc. Tout cet agrĂ©gat aurait donc pour noyau l’union, le dĂ©sir d’union, l’éros freudien, et cet union trouve son sol dans la sexualitĂ©. Donc, Ă  l’instar de Platon ou de saint Paul, Freud entend conserver une conception Ă©largie de l’amour mais lui ne cĂšde jamais quand Ă  son origine libidinale, c’est-Ă -dire sexuelle, mĂȘme si dans la sĂ©rie des pulsions dont nous allons parler, amour et haine ont une place tout Ă  fait distincte. Qu’il soit de transfert ou pas, le propre de tout amour, dĂ©clare Freud, est qu’il n’en existe pas qui n’ait son prototype dans l’enfance. Freud l’a une fois pour toutes dĂ©montrĂ©. Il fonde essentiellement l’amour dans les premiĂšres pĂ©ripĂ©ties de la libido, d’abord auto-Ă©rotique, puis investie dans le moi pour pouvoir se dĂ©placer vers l’objet. Le versant narcissique de ces pĂ©ripĂ©ties Ă©tablira qu’on aime dans l’objet ce que l’on est soi-mĂȘme, ce qu’on a Ă©tĂ©, ce qu’on voudrait ĂȘtre ; tandis que le versant anaclitique conduira Ă  retrouver dans l’objet aimĂ© un trait de la femme qui nourrissait ou un trait du pĂšre qui protĂ©geait, de l’homme protecteur. Dans La mĂ©tapsychologie des pulsions, Freud assigne la raison de l’amour Ă  l’obtention du plaisir. Si son origine est auto-Ă©rotique, c’est qu’il provient de l’obtention d’un plaisir d’organe on aime son corps pour obtenir ce plaisir. Et si on aime le moi, c’est d’avoir incorporĂ© l’objet source de plaisir. C’est ainsi que l’amour devient l’expression d’un mouvement vers l’objet dispensateur de plaisir en se liant intimement Ă  l’activitĂ© des pulsions sexuelles ultĂ©rieures, dit Freud. Peut-on s’interroger – non pas sur l’existence de l’amour, il est Ă©vident qu’il y a de l’amour – mais sur l’existence possible d’un destin d’amour qui se dĂ©marquerait de ces situations fondamentales, toutes sous le sceau d’une dĂ©pendance absolue Ă  l’objet idĂ©alisĂ©, dispensateur de plaisir et/ou de soins ? En d’autres termes, est-il possible d’aimer autrement que dans la pure extension de l’amour primaire de soi ? Existe-t-il un amour qui ne serait plus soumis au diktat des premiers idĂ©aux, un amour qui se construit aprĂšs la rencontre amoureuse Ă  partir de » mais hors de » ce qui fut marquĂ© dans l’enfance ? Quant Ă  la haine, toujours dans le texte de Freud sur la mĂ©tapsychologie des pulsions, elle n’est pas au dĂ©part le simple contraire de l’amour. C’est pour Freud une rĂ©action plus ancienne liĂ©e aux pulsions d’un moi complĂštement narcissique qui veut se conserver, c’est-Ă -dire que ce moi se purifie en rejetant hors de lui toute source de dĂ©plaisir. Et il oppose au monde des objets qui viennent le perturber un refus originaire. Vous connaissez la phrase pour nous assez fameuse Le moi- – 28 – La psychanalyse et la question de l’amour plaisir originaire veut s’introjecter tout le bon et jeter hors de soi tout le mauvais – le mauvais, l’étranger au moi, ce qui se trouve au dehors, lui est tout d’abord identique. »3 Ce n’est donc que dans les diffĂ©rentes buts des pulsions partielles qu’amour et haine paraissent se confondre. Ça commence Ă  la dĂ©voration orale peu importe la suppression de l’objet, on l’aime, on le dĂ©vore, on le mange. Ça se poursuit par l’emprise sadique anale de l’objet et peu importe ici les dommages infligĂ©s Ă  l’objet. A ce niveau, la haine se trouve renforcĂ©e par une rĂ©gression de l’amour au stade sadique. Une telle rĂ©gression soutient l’érotisme et garantit, Ă©crit Freud, la continuitĂ© d’une relation amoureuse. Fait remarquable Freud parle de l’emprise sadiqueanale comme la garantie de l’érotisme et la garantie de la continuitĂ© de la relation amoureuse. Pour lui, il n’y aura opposition entre amour et haine qu’au niveau de l’organisation gĂ©nitale. Ce n’est qu’à ce niveau et aprĂšs le vol en Ă©clat des attaches oedipiennes que Freud se permet d’évoquer une configuration finale de la libido qu’on pourrait appeler normale. Et ce, mĂȘme s’il n’y a pas dans l’argumentation freudienne, comme le souligne Lacan, de quoi soutenir une reprĂ©sentation inconsciente de la sexualitĂ© totale. Il n’y a pas de tout, il n’y a pas de tout dans la sexualitĂ©, il y a toujours lacune. Cette lacune – que Lacan va dĂ©cliner et qui marque le savoir inconscient – n’empĂȘche pas pour autant Freud de penser en termes de synthĂšse des pulsions partielles. DĂšs 1910, aprĂšs avoir exposĂ© les conditions de la vie amoureuse, et notamment la thĂ©orie du ravalement de l’objet sexuel – ici d’ailleurs c’est toujours le partenaire fĂ©minin qui est ravalĂ© –, Freud pose qu’un comportement amoureux parfaitement normal exige une rĂ©union entre le courant tendre et le courant sensuel. Ce comportement amoureux – soumis Ă  un processus qui serait, selon Freud, susceptible d’évoluer vers quelque normalitĂ© – se trouve mis en tension avec cette idĂ©e trĂšs insistante chez Freud selon laquelle toute passion amoureuse est assimilĂ©e Ă  l’hypnose voire Ă  la folie dĂ©votion extrĂȘme, attachement exclusif, soumission crĂ©dule – ce sont les formules de Freud –, la parentĂ© de l’amour Ă  l’hypnose se trouve toujours rĂ©glĂ©e par la question de l’idĂ©al, par la surestimation de l’objet mise Ă  la place de l’idĂ©al. Tout ce que l’objet fait et exige est bon et irrĂ©prochable, la soumission au jugement Ă©mis par lui immĂ©diate. Dans l’aveuglement, le silence de la critique, se trouverait pour Freud la source originelle de toute autoritĂ©. 3. S. Freud, Die Verneinung. – 29 – M-CL. BOONS Comme on le sait, c’est cette modalitĂ© hypnotique de l’amour que Freud met au principe de la structuration libidinale d’une foule. Le lien hypnotique se distinguerait de la passion amoureuse en ceci qu’il ne maintient pas Ă  titre de but possible la satisfaction sexuelle et il se dĂ©marquerait de la foule par le nombre. Mais, en vĂ©ritĂ©, au niveau de la structure, il s’agit toujours d’un lien marquĂ© par quelque fascination. L’un des deux partenaires s’efface, s’offre Ă  ĂȘtre absorbĂ© voire anĂ©anti, cĂ©dant toute la libido qu’il avait investi dans son moi Ă  l’autre placĂ© aux yeux de l’idĂ©al. J’aimerais maintenant vous situer la question de l’amour Ă  partir de la dialectique de la demande d’amour et du dĂ©sir chez Lacan. AprĂšs quoi nous verrons les variations des figures de l’amour telles que Lacan les prĂ©sente. Dialectique de la demande d’amour, du dĂ©sir et du besoin chez Lacan C’est, petit rappel, Ă  partir de la nĂ©cessitĂ© implacable pour l’infans de se mettre Ă  parler, soit d’entrer dans ce monde de langage qui est lĂ  de toujours, que Lacan va construire les concepts de besoin, de demande et de dĂ©sir. SommĂ© d’articuler ou d’adresser Ă  quelqu’un les besoins qui l’assiĂšgent, celui que Lacan finira par nommer le parlĂȘtre, se trouve donc condamnĂ© Ă  une perte d’ĂȘtre, liĂ©e au devoir faire part » de ses besoins et donc Ă  l’obligation de devoir passer par les lois du langage. Du coup, les besoins se dĂ©naturent, dĂ©composĂ©s qu’ils sont dans une fragmentation signifiante adressĂ©e Ă  quelqu’un. Cette fragmentation, cela peut ĂȘtre des hurlements, des cris, mais cela s’adresse et cela se fragmente. Or Lacan prend soin de distinguer toute satisfaction du besoin – la mĂšre qui va donner le lait, par exemple – et toute rĂ©ponse Ă  ce qui compose la demande qui, elle, vise la prĂ©sence et l’amour, Ă  tout le moins leur signe. Ainsi, Lacan essayet-il de dĂ©montrer comment s’annule la particularitĂ© de ce qui est accordĂ© au niveau du besoin pour se transmuer en une preuve d’amour. L’enfant qui reçoit du lait parce qu’il avait soif tire de cette situation oĂč un besoin est satisfait une preuve d’amour. Donc, qu’à la demande il soit rĂ©pondu par de l’amour implique nĂ©cessairement Ă  cause de la structure du langage que quelque chose ne soit pas complĂštement comblĂ©, laissant place en marge de la demande Ă  un reste insaisissable – dont Lacan va faire la cause du dĂ©sir. Tout comblement de cette marge, de cet Ă©cart Ă©crase le dĂ©sir, relĂšve d’une jouissance perverse Ă  moins qu’il s’agisse, comme l’écrit Lacan, du piĂ©tinement d’élĂ©phant d’une emprise de l’autre introduisant au fantĂŽme de sa toute-puissance. – 30 – La psychanalyse et la question de l’amour Freud, pour situer le dĂ©sir, avait Ă©voquĂ© un dĂ©calage essentiel entre la satisfaction rĂȘvĂ©e et la satisfaction obtenue. Il y avait lĂ  un Ă©cart qui donnait lieu Ă  la possibilitĂ© de dĂ©sirer. Lacan, pour sa part, enracine le dĂ©sir en-deçà et au-delĂ  de la demande d’amour, Ă  partir de ce que la demande d’amour a soustrait Ă  la satisfaction du besoin. Et, dans cet Ă©cart entre la demande et ce qui, non comblĂ©, laisse place au dĂ©sir se creuse une bĂ©ance impossible Ă  dire, constituant pour le sujet un point d’opacitĂ©. A la fameuse question du Che voi ?, qu’est-ce que tu veux, qu’est-ce que tu me veux, il n’y a donc pas de rĂ©ponse dicible hors le fantasme en lequel le dĂ©sir trouve son soutien imaginaire. C’est bien lĂ  ce qui signe le mode de prĂ©sence du dĂ©sir par quoi se trame au coeur des rapports humains un malentendu dĂ©cisif, ce quelque chose que la demande fait exister comme manque puisqu’elle ne peut pas ĂȘtre comblĂ©e totalement. Reprenons ce qui vient d’ĂȘtre dit en termes empiriques. J’ai soif. Ou plutĂŽt j’éprouve un malaise dans mon corps qui, s’il n’est pas apaisĂ©, devient souffrance, augmente les tensions internes, donne le sentiment, pour le nourrisson toujours, d’une imminence imparable de la mort. Il y a pleurs et cris parce qu’il faut avertir l’autre de ce mal dans le corps, que lui seul, l’autre, peut faire cesser. Il est demandĂ© Ă  travers cris, larmes, poings qui se serrent, bouche qui se crispe, l’apaisement d’un besoin. Mais cet apaisement, s’il a lieu se transmue en preuve d’amour ou de haine si tant est que l’autre rĂ©el a ou n’a pas entendu, ou a interprĂ©tĂ© au moins mal, ce pourquoi il y avait hurlement et dĂ©tresse. Disons plus. A supposer qu’il y ait don de lait, c’est bien ce qui entoure ce don, la sonoritĂ© de la voix, la caresse, le sourire, qui fait de ce don un signe d’amour, la preuve qu’on est entendu et reconnu. DĂšs lors, nous l’avons dit, c’est l’amour comme signe qui est demandĂ©. Ainsi, d’ĂȘtre entendue, la souffrance liĂ©e au besoin qui ne peut que se signaler fait support pour se transmuer dans la demande d’amour. Cette demande est radicale. Lacan la qualifie d’inconditionnelle. Elle s’adresse Ă  l’autre comme toutepuissance de vie mais aussi de mort si tant est qu’il peut ne pas rĂ©pondre. La demande d’amour comporte donc une exigence radicale que cet autre rĂ©el soit absolument au service de l’enfant, qu’il soit sans intĂ©rĂȘt propre, uniquement lĂ  pour lui assurer dans une sorte d’urgence vitale qu’il va pouvoir continuer d’exister. Ainsi, du seul fait qu’ils doivent se confronter, se fragmenter dans un premier recours au signifiant, les besoins subissent une perte qui les altĂšre. Et, comme il y a toujours une incertitude liĂ©e Ă  la rĂ©ponse de l’autre, ça transforme les cris en appel. Comme telle la demande de l’enfant ne peut pas ĂȘtre explicitement formulĂ©e l’autre rĂ©el, aimant, alertĂ©, celui que Freud qualifie dans L’Esquisse de secourable », cet autre incarnĂ© par un personnage parlant a donc Ă  interprĂ©ter les cris et les gestes de son enfant. C’est donc ce personnage qui subvient aux besoins et qui aime – 31 – M-CL. BOONS cet enfant, Ă  moins qu’il en fasse un pur objet de jouissance ou le rejette sans l’entendre, c’est cet autre parlant qui conditionne l’Autre comme lieu psychique inconscient. En effet, l’Autre rĂ©el, l’Autre incarnĂ©, agit avec son corps et avec des mots pour rĂ©pondre aux cris de l’enfant. Autrement dit, ce qui fait rĂ©ponse vĂ©hicule les signifiants de cet Autre. C’est donc Ă  partir des signifiants de l’Autre que se produit ce lieu psychique oĂč les signes de la perception qui font trace s’enregistrent, s’inscrivent et s’organisent en chaĂźne signifiante. La dimension symbolique de l’amour Je voudrais parler de la dimension symbolique de l’amour en posant la question de savoir si l’amour s’articule au surgissement d’un sujet, c’est-Ă -dire Ă  son inscription dans la chaĂźne signifiante et Ă  la mise en circuit d’une dialectique du sens et du non-sens. Que l’amour fasse piĂšce au hors sens de la mort, Ă  son rĂ©el, n’est-ce pas ce qui introduit la formule lacanienne du tout sens est religieux » ? En tout cas la religion chrĂ©tienne pose le lien d’amour entre pĂšre et fils comme paradigme de la victoire sur la mort. Et dans la doctrine freudienne, la forme supĂ©rieure de l’amour vise le pĂšre dans l’aprĂšs-coup du meurtre fondateur d’une loi permettant la coexistence des fils. Si par ailleurs on se tourne du cĂŽtĂ© de l’endeuillĂ© qui est confrontĂ© soudain Ă  la mort d’un proche, par exemple, la mort absurde d’un proche, que constate-t-on ? Qu’il y a en quelque sorte deux grands pĂŽles qui vont pouvoir l’aider Ă  traverser cette Ă©preuve radicale et Ă  retrouver des capacitĂ©s symboliques menacĂ©es par la mort du proche. D’un cĂŽtĂ©, on pourrait dire qu’il y a l’écriture et toutes les activitĂ©s qui s’y apparentent. Mais de l’autre, si l’endeuillĂ© ne devient pas un mĂ©lancolique qui se replie complĂštement sur sa douleur, l’affection, l’amitiĂ© attentive, tous les affects et les conduites qui sont apparentĂ©s au registre de l’amour lui servent Ă  vivre son deuil. Si vous entendez la demande d’amour des mourants qui luttent contre la mort, mĂȘme si la plus tendre prĂ©sence ne peut que laisser mourir et donc dans un certain sens laisser Ă  sa mort celui qui s’en va, il y a lĂ  plus qu’un pur phĂ©nomĂšne imaginaire, il y a une intervention symbolique faisant rempart Ă  l’obscure menace du rĂ©el en jeu dans toute mort. Songeons enfin Ă  la sĂ©curitĂ©, Ă  cette force qu’un certain amour de la mĂšre assure Ă  son enfant. Je dis un certain amour parce qu’il s’agit que la mĂšre puisse dans son amour de l’enfant donner une place Ă  la fonction du pĂšre qui reprĂ©sente la loi et donc fait vivre quelque chose de l’ordre de l’interdit. Mais si elle l’aime comme ça, il y a une force et une sĂ©curitĂ© dans l’enfant qui est tout Ă  fait repĂ©rable. Et c’est ce qui confĂšre Ă  l’enfant, au creux mĂȘme de sa demande Ă  lui, le pouvoir de symboliser l’absence de sa mĂšre il sait qu’il est aimĂ©. – 32 – La psychanalyse et la question de l’amour Ce pouvoir symbolique confĂ©rĂ© par l’amour ne peut opĂ©rer que s’il s’inscrit dans le manque immanent Ă  la demande ouvrant Ă  l’enfant une possibilitĂ© de dĂ©sirer. Un enfant aimĂ© est un enfant approuvĂ©, reconnu dans sa diffĂ©rence et dans son ĂȘtre selon le pur Ă©loge de qui l’accompagne, le regarde vivre et dĂ©couvrir le monde, le soulĂšve dans ses bras et lui sourit. Pour que cet amour ne cesse pas, l’enfant, lui, s’identifie au signifiant qui a Ă©tĂ© produit par le dĂ©sir de l’Autre. Lacan parle Ă  cet Ă©gard d’un trait unaire. Ici l’on touche au plus prĂšs Ă  la fonction symbolique de l’amour grĂące Ă  quoi l’infans s’inscrit dans la chaĂźne signifiante. A ce trait unaire, venu de l’Autre – trait idĂ©al, qui l’identifie et l’aliĂšne –, il va se soumettre pour perpĂ©tuer cet amour primaire de celui dont il attend l’ĂȘtre au moment oĂč justement il est en train d’en manquer parce qu’il est condamnĂ© Ă  s’inscrire dans le signifiant. Mais il y a plus. Il y a qu’inscrit et reconnu, placĂ©, l’enfant peut se rapporter Ă  une image de lui aimable. Il peut s’aimer, se dĂ©couvrir dans le miroir oĂč apparaĂźt une image unifiĂ©e d’un corps encore en proie au dĂ©sordre des pulsions le propre rapport de l’enfant Ă  son image est quelque chose qui est sous-tendu par l’amour de la mĂšre, par un certain amour que la mĂšre peut donner. Mais pour des raisons de lĂ©sions dans la structure, le rapport au miroir peut se figer, se fixer. On entre dĂšs lors dans le carrousel purement imaginaire du lien amoureux porteur de toutes les dĂ©rives destructrices que le seul narcissisme alimente. L’amour relĂšve de la structure narcissique. On aime d’abord soi. Mais il faut distinguer les dĂ©rives pathologiques de cette structure narcissique. A purement se mirer et aimer soi dans l’autre devenu support d’une image, il se crĂ©e un lien transitif oĂč l’autre devient moi, moi l’autre. » Ainsi en parlait Lacan en 1962 dans son sĂ©minaire sur Le Transfert. Si l’autre n’est pas autre chose que celui qui me renvoie mon image, je suis lui, en effet, rien d’autre puisque je me vois ĂȘtre en lui. LittĂ©ralement, je suis cet autre et s’il existe lui aussi se voit Ă  ma place. Comment savoir si ce que je me vois ĂȘtre lĂ -bas n’est pas tout ce dont il s’agit puisqu’en somme l’autre, ce miroir, il nous suffit de le supposer lui – ce miroir dĂ©vorant – pour concevoir que lui en voit tout autant et que quand je le regarde, c’est lui en moi qui se regarde et se voit Ă  la place que j’occupe en lui. » Dans cette une confusion entre le moi et l’autre, une bataille pour la maĂźtrise fait rage car l’autre en qui je crois voir mon image et dont je fais mon double sera d’un mĂȘme mouvement constituĂ© en une figure d’autoritĂ© et de pouvoir Ă  laquelle je me voue mais dans la concurrence duelle, la concurrence mortifĂšre, l’agressivitĂ© destructrice si tant est que je me veuille Ă  sa place. Enfer oĂč le couple amoureux ici livrĂ© aux seuls mirages narcissiques, Ă  la haine et Ă  ses ravages s’avĂšre vouĂ© au tourment. Dans un tel couple l’amour se fixe Ă  l’illusion de la complĂ©tude, de l’unitĂ©, du tout. DĂšs lors l’au-delĂ  de la loi de toute grande passion dĂ©gĂ©nĂšre en une – 33 – M-CL. BOONS loi rĂ©elle exercĂ©e par un des deux partenaires sur l’autre. Manoeuvre d’autant plus fascinante et funeste que l’un qui fait la loi sur l’autre peut se parer de la transcendance de l’amour Ă  l’égard de toute loi pour imposer en vĂ©ritĂ© ce qu’il veut et ce qu’il dĂ©cide. Je vous en donne un exemple. Un adolescent entretient avec son frĂšre aĂźnĂ© une relation de type amoureux. Un jour l’aĂźnĂ© dit au petit Viens me chercher vendredi Ă  six heures. Nous partirons ensemble passer le week-end Ă  la campagne. » A l’heure dite, il n’y avait personne. Le petit frĂšre place un mot sur la porte Je t’attends au cafĂ© du coin. » Il attend plusieurs heures et retourne chez lui. Le samedi, il tĂ©lĂ©phone. Personne. Pendant trois jours aucune rĂ©ponse. Enfin, le quatriĂšme jours, le frĂšre aĂźnĂ© dĂ©croche. Et le jeune adolescent en colĂšre commence par dire Tu aurais tout de mĂȘme bien pu... » Alors l’autre l’interrompt immĂ©diatement Tu ne vas pas tout de mĂȘme commencer Ă  me faire des reproches. Tu sais bien qu’on pourrait bien ne pas se voir pendant un an et on s’aimerait toujours. » On voit ici comment le frĂšre aĂźnĂ© impose sadiquement la loi de son dĂ©sir au nom d’un idĂ©al amoureux qu’il invoque pour faire taire toute rĂ©volte du jeune frĂšre. Et celui-ci prĂȘt Ă  Ă©clater en colĂšre se trouve pourtant muet, obligĂ© de se faire violence pour considĂ©rer avec son frĂšre aĂźnĂ© que c’est la bonne maniĂšre de voir les choses On s’aimera toujours. » C’est un exemple caricatural mais il dĂ©crit la structure d’une situation amoureuse frĂ©quemment rencontrĂ©e oĂč le partenaire rĂ©el soumet Ă  son propre dĂ©sir – nous dirions plutĂŽt Ă  son caprice dĂ©sirant – l’autre du couple, rĂ©duit au silence de sa propre parole qu’aucun relais symbolique ne vient soutenir. On est ici au plus prĂšs de ce que Lacan disait dans un texte qui s’appelle Subversion du sujet » Le dit premier dĂ©crĂšte, lĂ©gifĂšre, aphorise, est oracle, il confĂšre Ă  l’autre rĂ©el son obscure autoritĂ©. » CaractĂšre obscur de l’autoritĂ©. Quelques lignes plus loin, Lacan Ă©voque le fantĂŽme de la toute-puissance non pas du sujet mais de l’autre et avec ce fantĂŽme, l’Autre, l’absolue nĂ©cessitĂ© de son bridage par la loi. Si la loi, celle qui trouve sa consistance dans l’inscription du signifiant dit Nom-du-pĂšre » , rĂ©ussit Ă  brider » cette toute-puissance qui hante l’Autre comme un fantĂŽme, alors on peut saisir que la loi puisse ĂȘtre Ă©prouvĂ©e comme un don du pĂšre symbolique. Qu’elle s’origine du dĂ©sir ou qu’elle le crĂ©e – Lacan maintient l’ambiguĂŻtĂ© de la question – cette loi peut ĂȘtre aimĂ©e » si tant est qu’elle soutient la possibilitĂ© pour l’enfant, de sortir de l’ĂȘtre de pur objet, captif de la jouissance d’un Autre, dont la toute-puissance vient donc Ă  ĂȘtre bridĂ©e » par cette loi mĂȘme. Les figures de l’amour chez Lacan – 34 – La psychanalyse et la question de l’amour En 1973, prenant trois ronds de ficelle dont il ne fait pas un noeud mais une chaĂźne4, en sorte que seule la rupture du rond du milieu qu’il nomme moyen » libĂšre les extrĂ©mitĂ©s qu’il nomme extrĂȘmes », Lacan dĂ©cide d’assigner le Symbolique au lieu de la jouissance, le RĂ©el au lieu de la mort, et l’Imaginaire, comme il l’a toujours soutenu, au registre du corps. Selon la place de moyen » qu’occupe un des trois ronds, il distingue trois grands types d’amour. Dans l'Amour courtois issu, dit-il, de l’eros antique, l’Imaginaire du corps fait moyen entre le RĂ©el de la mort et le Symbolique, en charge de jouissance. C’est donc, ici, l’Imaginaire du corps qui enlace, ou plutĂŽt qui tient en laisse, qui fait tenir ensemble la mort comme RĂ©el et le Symbolique en place de la jouissance. Le deuxiĂšme grand type d’amour est l’Amour divin qui expulserait l’Imaginaire du corps et le dĂ©sir courtois de la place centrale, pour y Ă©tablir le Symbolique de la jouissance qui dĂšs lors attache le RĂ©el de la mort et le corps. Enfin la relĂšve contemporaine de cet amour divin introduit par le christianisme, trouverait Ă  se rĂ©fugier dans l’amour masochique le RĂ©el de la mort y lierait jouissance symbolique et Imaginaire du corps. Cet amour masochique, Lacan prĂ©tend – ce jour-lĂ , le 18 dĂ©cembre 1973 –, qu’il a suscitĂ© les analystes la psychanalyse hĂ©riterait du dĂ©placement du dĂ©sir induit par l’amour chrĂ©tien du pĂšre divin, Ă  quoi ferait relais le masochisme. C’est justement ce dont la psychanalyse aurait Ă  se corriger soit rendre possible autre chose que l’amour chrĂ©tien ou que son leg, l’amour fondĂ© dans le masochisme. Lacan, par l’importance mĂȘme qu’il accorde Ă  l’invention chrĂ©tienne de l’amour a toujours conçu la psychanalyse comme ce qui devrait y faire piĂšce, comme quelque chose qui devrait s’y opposer. La victoire de l’une signerait l’échec de l’autre. C’est en somme l’une ou l’autre », dit-il. Si la religion triomphe ce sera le signe que la psychanalyse a Ă©chouĂ©. » En fait, il ajoute que la psychanalyse ne triomphera pas de la religion, que la religion est increvable. La psychanalyse ne triomphera pas, elle survivra ou pas. »5 La religion risque de l’emporter parce qu’elle a cette capacitĂ© extraordinaire Ă  donner du sens Ă  tout ce qui n’en a pas. Il y a pour Lacan des amours qui existent et qui ne seraient jamais que des variations d’un amour relevant d’une structure soumise aux conditions singuliĂšres d’un nouage entre RĂ©el, Imaginaire et Symbolique. Ces variations sont dĂ©posĂ©es dans des Ă©crits, constituĂ©s en archives, et c’est lĂ  que se trame l’histoire des formes 4. J. Lacan, Les non-dupes errent, inĂ©dit, sĂ©ance du 18 dĂ©cembre 1973. 5. Extrait d’une confĂ©rence de presse, Rome, 1974. – 35 – M-CL. BOONS de l’amour. Il Ă©crit dans les entretiens Ă  Yale University Ce qu’on appelle l’histoire est l’histoire des Ă©pidĂ©mies et il faut de l’écriture car l’histoire se fait au sujet de ce qui a Ă©tĂ© Ă©crit. Chaque tradition amoureuse, chaque â€œĂ©pidĂ©mie” est créée aprĂšs coup par le rassemblement dans un nom qui, de s’écrire, fait qu’il y aura eu cette figure-lĂ  de l’amour. Dans ce rassemblement, les comportements prescrits spĂ©cifient pour une Ă©poque, voire pour un siĂšcle, les types de liens, les pratiques amoureuses entre ceux qu’on appelle les hommes et celles qu’on appelle les femmes », Ă  moins que ces liens ne se nouent entre lesdits hommes ou lesdites femmes, Ă  moins encore qu’ils ne dĂ©bouchent sur l’amour du beau, du bien ou de Dieu. Le platonisme, le saphisme, l’amour courtois, l’AgapĂ© chrĂ©tienne, le pur amour fĂ©nelonien, les prĂ©cieuses, le libertinage, la vertu rĂ©volutionnaire, l’amour mystique, le romantique, celui des saint-simoniennes, la garçonne des annĂ©es folles, autant – parmi beaucoup d’autres – de configurations ou figures qui lient les partenaires de l’amour selon des codes, un type d’idĂ©al, des rĂŽles et des pouvoirs Ă  chaque fois distincts. Sur chaque scĂšne, dĂ©sir et amour ont des fonctions singuliĂšres ils s’excluent, s’évincent Ă  moins qu’ils ne se confondent. Ainsi tout figure finalement assemblĂ©e dans une nomination – l’amour courtois », les saint-simoniennes » – constitue donc un mode singulier d’existence de l’amour tĂ©moignant non pas d’une prĂ©tendue substance Ă©ternelle mais d’une Ă©laboration sans cesse renouvelĂ©e des figures. Certains modes de l’amour laissent des traces plus que d’autres. Ainsi, sans pour autant lĂącher la thĂšse de l’hĂ©ritage chrĂ©tien et de l’amour masochique, Lacan dira des idĂ©aux courtois qu’ils marquent encore les comportements amoureux de notre modernitĂ©. Et il va jusqu’à suggĂ©rer que la distance tĂ©lĂ©visuelle ou minitellienne, ou aujourd’hui la virtualitĂ© internetienne, n’est au temps des mĂ©dia qu’un sous-produit gadgĂ©tique ravalĂ© au plus bas, de la distance courtoise. Ces modes de l’amour ont des exceptions, des nuances, des pĂŽles contradictoires. Ainsi, par exemple, au sortir de la RĂ©volution française, le XIX e, bridĂ© par le code civil, tente d’enfermer les femmes et de les enserrer dans leur corset mais en mĂȘme temps on cĂ©lĂšbre les femmes les plus libres Germaine de StaĂ«l, Georges Sand, etc. Multiples formes donc, hĂ©ritages toujours diversifiĂ©s et toujours en travail, notre mĂ©moire – ou plutĂŽt notre oubli, comme dirait BorgĂšs parlant de la mĂ©moire – porte les traces des discours successifs sur l’amour. C’est bien avec ces traces que nous abordons les textes Ă©crits qui font archive. Aujourd’hui, n’écrivons-nous pas l’histoire passĂ©e de l’amour en la rĂ©inventant Ă  partir d’une nouvelle raison qui nous tient, qui nous marque, celle que met en scĂšne le discours freudien relancĂ© par Lacan et celle qu’annonce les change- – 36 – La psychanalyse et la question de l’amour ments en jeu dans notre sociĂ©tĂ© ? Donc, quel nouvel amour aprĂšs ce qui fut l’inconscient, plus l’expĂ©rience de l’inconscient ? Quel nouvel amour dans notre sociĂ©tĂ© telle qu’elle devient ? Ayons vis-Ă -vis du terme nouveau la plus stricte mĂ©fiance. N’empĂȘche. Lacan qui ne croit pas au progrĂšs idĂ©al ne se prive pas pour autant de suggĂ©rer en maints dĂ©tours de son enseignement des notions telles que refleurissement de l’amour », apparition de quelque chose d’autre. Et quand il Ă©crit une lettre Ă  trois Italiens en 1974, il attend de ceux-lĂ  qui sont responsables de la psychanalyse, qu’armĂ©s du RĂ©el et du Symbolique, ils sortent l’amour des phrases bavardes oĂč on le tient. Je pourrais multiplier les citations. Mais il y a incontestablement dans l’enseignement de Lacan une ouverture de la pensĂ©e orientĂ©e vers la nouveautĂ© d’un amour que le discours analytique induirait. Dans le processus de la cure, Lacan6 fait Ă©tat de ce moment oĂč le dĂ©sir de l’analyste reconduit le sujet jusqu’à ce point de diffĂ©rence originelle, du premier signifiant auquel il s’assujettit et d’oĂč surgit la signification d’un amour sans limite parce qu’il est hors des limites de la loi oĂč seulement il peut tenir ». Mais cette perspective-lĂ , du fait de l’inscription dans le signifiant qui fait surgir la signification d’un amour sans limite doit tout de suite se dialectiser, sans ĂȘtre confondue, avec ce que Lacan dit quelques lignes aprĂšs quand il parle de relations viables, tempĂ©rĂ©es, nĂ©cessitant l’intervention du mĂ©dium de la mĂ©taphore paternelle. Donc d’un cĂŽtĂ©, la signification d’un amour qui ne peut ĂȘtre qu’hors loi, qui se tient dans le sans-limite et qui est constituĂ© justement par l’intervention de la loi du langage, mais de l’autre il faut l’opĂ©ration paternelle pour Ă©tablir une relation viable, tempĂ©rĂ©e. Pour Lacan, ce ne peut ĂȘtre que dans la limitation originaire dont est porteuse la loi du signifiant que la valeur infinie de l’amour prend sa portĂ©e. En fin de compte ce que le discours psychanalytique, non pas promet, mais propose par le moyen de la cure, c’est peut-ĂȘtre un frayage Frayer la voie, dit Lacan, Ă  un refleurissement de l’amour en tant que l’a-mur, comme je l’ai dit un jour en l’écrivant de l’objet petit a entre parenthĂšses, plus le mot mur, puisque l’a-mur c’est ce qui le limite. »7 VoilĂ  ce que Lacan propose pour renouveler l’amour. 6. J. Lacan, Le SĂ©minaire, livre XI, Les quatre Concepts fondamentaux de la psychanalyse, Paris, Seuil, 1973, p. 247. 7. J. Lacan, Les non-dupes errent, inĂ©dit, sĂ©ance du 18 dĂ©cembre 1973. – 37 – M-CL. BOONS Comment saisir quelque chose de ce dire qu’il a Ă©crit a-mur » ?8 Entre homme et femme, il y a eu l’amour. Aujourd’hui, grĂące au discours psychanalytique, il serait devenu possible de baptiser cet amour, "amur". Pour une part, ce nouveau nom de l’amour dĂ©signe qu’à devenir lieu de circulation de l’objet a, cela fait mur. N’est-ce pas une maniĂšre de prĂ©server sa place au dĂ©sir, dans l’amour mĂȘme, si tant est que le dĂ©sir a toujours pour cause l’objet vide, soudain incarnĂ© et non point, comme dans l’amour, l’ĂȘtre d’un sujet ? Cette discordance n’est ni Ă  rĂ©duire, ni Ă  dialectiser. Elle doit ĂȘtre maintenue, comme telle La rĂ©duire signifierait qu’on sacrifie le dĂ©sir au nom de l'amour, la dialectiser, qu’on relĂšve la finitude du dĂ©sir par l’infinitĂ© de l’amour. Dans les deux cas, on fait comme s’il n’y avait pas de mur. Entre homme et femme, s’il y a amur, cela veut dire que le mur entre eux comme entre amour et dĂ©sir ne peut ĂȘtre aboli, mĂȘme si ce mur soutient l’objet ou plutĂŽt s’il est trouĂ© par l’objet. Mais, grĂące au mur et Ă  l’objet quelque chose peut passer, laissant ses chances Ă  l’hypothĂšse d’un refleurissement de l’amour. En 1974, Lacan a insistĂ© sur le non-recouvrement des deux mi-dires qui se rencontrent par hasard dans l’amour. Il parle Ă  ce propos de la connexitĂ© entre deux savoirs en tant qu’ils sont irrĂ©mĂ©diablement distincts... C’est non seulement irrĂ©mĂ©diable mais sans aucune mĂ©diation ... Quand ça se produit ça fait quelque chose de... tout Ă  fait privilĂ©giĂ©. Quand les deux savoirs inconscients se recouvrent, ça fait un sale mĂ©li-mĂ©lo... »9 Pour reprendre un thĂšme cher Ă  Alain Badiou, c'est un amour qui fait vĂ©ritĂ© de la disjonction ». Et Badiou d'ajouter L’amour seul marque le Deux dans une sorte de dĂ©-prise de l’objet qui n’opĂšre qu’autant qu’il y en a la prise... »10 Comment 8. On se souviendra de ses dĂ©clarations murales » lors de ses Entretiens de Sainte Anne, en 1971, intitulĂ©s Le savoir du psychanalyste. Entre ces murs asilaires bĂątis par la sociĂ©tĂ© capitaliste pour enfermer les cris » des psychotiques jugĂ©s dangereux voici que Lacan dit parler aux murs rĂ©flĂ©chissant sa voix. Une voix qui rĂ©sonne ». Mais Ă  quelle RESON recourir pour ce dont il s’agit, Ă  savoir du RĂ©el ? » A cette voix, support de l’objet, qu’on n’entend qu’à partir de sa "rĂ©flexion" sur les murs? Ces murs oĂč la voix se cogne et fait des Ă©chos, sont par excellence – au delĂ  des figurations qu’on peut y tracer Ă  partir des moisissures – supports de l’écrit. La logique n’est-elle pas un discours qui se tient sur le mur » ? Devant le mur il y a la parole et le langage, au-delĂ  du rĂ©el. 9. J. Lacan, Les non-dupes errent, inĂ©dit, sĂ©ance du 15 janvier 1974. 10. A. Badiou, Conditions, Paris, Seuil, 1973, p. 265. – 38 – La psychanalyse et la question de l’amour penser connexitĂ© » et disjonction » ? Question. On est ici, pourrait-on croire, assez loin de la thĂšse lacanienne qui fait de l’amour ce lieu oĂč s’ignorerait le dĂ©sir d’ĂȘtre Un, ce qui conduit Ă  l’impossible d’établir la relation deux sexes ». En fait, il n’en est rien. Car dans cette contingence amoureuse mĂȘme – oĂč l’amoureux Ă©crivant ses lettres cesse un temps, de ne pas Ă©crire quelque chose du rapport sexuel, tandis qu’il s’imagine qu’il ne cessera jamais de l’écrire – , l’amorce est conquise de ce qui doit s’achever Ă  le dĂ©montrer ce rapport comme impossible, soit Ă  l’instituer dans le rĂ©el11. C’est donc par le biais de l’amour que l’impossible deux du sexe est en fin de compte fondĂ© dans le rĂ©el. La lettre d’amour qui est d’abord contingente lorsqu’elle perd le mirage de sa nĂ©cessitĂ©, lorsqu’elle cesse de s’écrire, permet alors de concevoir la chose amour comme possible. C’est que la magie de la rencontre amoureuse a cessĂ© non sans avoir ouvert la possibilitĂ© d’un itinĂ©raire pour la vĂ©ritĂ© qu’elle celait. N’est-on pas dĂšs lors introduit dans ce processus infini oĂč le savoir des rĂšgles de l’amour comme jeu toujours en train de s’inventer, de se construire, se dĂ©termine moins d’une position de supplĂ©ance au rapport sexuel que d’une activitĂ© inventive et vĂ©rifiante attestant de ce qu’entre les deux sexes, il y a du rapport qui manque et que cela fait trou ? C’est donc bien l’amour comme invention qui fait preuve de l’impossible deux du sexe, ce qui n’implique pas, comme Lacan le souligne dans L’Étourdit, qu’il n’y ait pas de rapport au sexe. J’aurais encore voulu traiter du rapport de l’amour Ă  la jouissance mais le temps ne le permet pas. En tout cas, on posera qu’un savoir sur les rĂšgles passionnantes du jeu de l’amour, sans cesse inventĂ© Ă  partir des dire vrais qui sourdent de l’impossibilitĂ© d’écrire le rapport sexuel, le savoir de ces rĂšgles peut construire et Ă©crire quelque chose de l’amour. Si bien que la question de Beckett que je vous donnais au dĂ©but demeure complĂštement notre contemporaine comment ĂȘtre sĂ©parĂ©-ensemble ? 11. J. Lacan, TĂ©lĂ©vision, Paris, Seuil, 1973, p. 62. – 39 – ‱ Une nouvelle Ă©dition de ce grand best-seller 14 000 ex. vendus ‱ Le support de rĂ©fĂ©rence pour parler aux 5-13 ans de la sexualitĂ© ‱ Des dessins et un texte Ă  la fois directs, beaux et respectueux Nombreux sont ceux qui dĂ©noncent aujourd’hui le rapport faussĂ© que les jeunes entretiennent avec la sexualitĂ© ThĂ©rĂšse Hargot,... D’oĂč l’urgence d’un discours vrai, qu’enfants et parents trouveront dans ce support qui explique aux 5-13 ans, dans un langage adaptĂ©, la beautĂ© de l’amour et de la sexualitĂ©. Cette nouvelle Ă©dition profite de l’expĂ©rience toujours plus grande de son auteur auprĂšs des petits et des grands pour leur parler du corps, de l’amour, de l’origine de la vie, du dĂ©veloppement du bĂ©bĂ© et, sujet original mais tellement liĂ©, de l’esprit qui guide le corps. InĂšs de Franclieu, mĂšre de famille, est une confĂ©renciĂšre Ă  succĂšs spĂ©cialisĂ©e dans l’éducation affective et sexuelle. Interview de l’auteur dans PĂšlerin du 25 aoĂ»t 2016 Recension sur le site de la CEF Jeunes Cathos Blog le 2 octobre 2016 Recension dans Le Bulletin du rosaire de novembre 2016 Article dans ZĂ©lie de septembre 2018 Interview de l’auteur + prĂ©sentation du livre sur Aleteia le 15 novembre 2018 RĂ©sumĂ©. En partant d’un cas clinique d’érotomanie est dĂ©veloppĂ©e une rĂ©flexion sur la pratique du transfert dans la psychose. Ce cas nous fait enseignement d’une part sur la maniĂšre dont peut ĂȘtre assumĂ© le transfert avec le sujet psychotique, et d’autre part sur ce que le sujet invente comme solution autogĂšne, ici dĂ©lirante, pour parer Ă  l’éminence du rapport mortifĂšre Ă  sa psychose. Le clinicien doit pouvoir trouver lĂ  un modĂšle de sa visĂ©e de thĂ©rapeute, soit l’instauration d’une fonction de limite de la jouissance. Article Au commencement de la psychanalyse Ă©tait l’amour », nous rappelle Solal Rabinovitch1. C’est en effet par les premiĂšres manifestations du transfert que la question de l’amour s’est introduite dans la pensĂ©e analytique, dĂ©s ses dĂ©buts. Il n’est pas la peine de rappeler la cure d’Anna O. par Breuer et Freud, ni l’insistance de Lacan sur ce point qui y consacra une annĂ©e entiĂšre de son sĂ©minaire. Mais c’est en passant par cet amour fou qu’est l’érotomanie que j’ai souhaitĂ© aborder la pratique clinique de la psychose, qui ne peut Ă©viter la question du transfert avec les sujets psychotiques. Je vais alors tenter de tĂ©moigner d’un transfert psychotique et de son maniement dans une cure, Ă  travers ce rĂ©cit clinique, qui viendra aussi nous enseigner l’intĂ©rĂȘt pour le sujet de la solution Ă©rotomaniaque, mais aussi ses quelques dĂ©convenues. Cette patiente, ĂągĂ©e de 53 ans quand elle est venue me consulter sur les recommandations de la mĂ©decine du travail, m’avait Ă©tĂ© adressĂ©e parce qu’elle s’était embringuĂ©e dans un jeu de sĂ©duction avec un jeune Ă©narque ». Ce sont ses mots. Avant d’exposer cette folie amoureuse dont elle Ă©tait venue me parler, je dois vous retracer les principaux Ă©lĂ©ments de son parcours. Elle est issue d’une famille modeste de charpentiers, mais son pĂšre, qui n’avait jamais eu beaucoup de goĂ»t Ă  cela, avait revendu l’entreprise familiale et s’était reconverti comme secrĂ©taire d’une petite mairie de village. Il dĂ©cĂšdera prĂ©cocement, Ă  l’adolescence de la patiente, d’un infarctus. Elle le dĂ©crit comme rĂ©servĂ© et peu prĂ©sent dans l’éducation de ses enfants, peu de place lui Ă©tant d’ailleurs laissĂ©e par son Ă©pouse. Je ne retrouvais pas de trace chez elle d’un quelconque attachement Ă  ce pĂšre, que ce soit en bien ou en mal, seule apparaissait une certaine indiffĂ©rence Ă  son Ă©gard. Les phĂ©nomĂšnes de sa psychose laissent supposer qu’aucune mĂ©taphore paternelle ne rĂ©ussit Ă  s’établir, aucun autre ne venant supplĂ©er Ă  ce pĂšre pour assurer cette fonction paternelle Ă  mĂȘme d’orienter le dĂ©sir de sa mĂšre. Sa mĂšre, qui habite toujours en province, est dĂ©crite, elle, comme trĂšs autoritaire. Elle se montrait trĂšs dure, surtout avec ses deux filles, la patiente y voit d’ailleurs comme consĂ©quence qu’elle et sa sƓur se sont mariĂ©es Ă  des Ă©trangers. Elle nous a Ă©crasĂ©, elle nous a mis des bĂątons dans les roues, encore aujourd’hui, elle rĂ©pond Ă  notre place ». A d’autres moments cependant, elle en parle comme d’un vĂ©ritable pilier » pour elle, sans elle, je m’effondre ». L’Autre maternel se prĂ©sente, dans son discours, d’emblĂ©e sous ses deux versants, l’un persĂ©cuteur, l’autre qui maintient en vie, tout comme dans le rapport du PrĂ©sident Schreber au dieu de son dĂ©lire, une Ă©rotomanie divine»5ref]Lacan, J. 1981.Les psychoses, 1955-1956, Seuil, dira Lacan. De son enfance, peu de souvenirs, sinon une atmosphĂšre pesante. Elle Ă©tait l’ainĂ©e de la fratrie, a eu une sƓur et deux frĂšres. Le seul Ă©lĂ©ment notable est qu’elle souffrait d’un tic provoquant un mouvement de tĂȘte qui dit non, ce qui n’est pas n’importe quel mouvement, dĂ©jĂ  une forme de nĂ©gativisme, phĂ©nomĂšne que l’on peut interprĂ©ter comme un effet dans le corps de la forclusion. Elle a eu quelques flirts Ă  l’adolescence, elle va mĂȘme ĂȘtre fiancĂ©e pendant un an, puis dĂ©cidant, brutalement, que ce fiancĂ© n’est pas le bon, au moment d’officialiser les choses, elle file, on pourrait dire Ă  l’anglaise, en embarquant pour l’Angleterre comme fille au pair. Est ce lĂ  un premier moment de dĂ©clenchement de sa psychose? C’est probable. Elle y rencontre, presque aussitĂŽt arrivĂ©e, son futur mari, Ă©cossais, Ă©tudiant aux Beaux Arts l’acuitĂ© de son regard sur les choses sera sans cesse mise en avant. La maniĂšre dont se dĂ©roule cette rencontre est essentielle Ă  repĂ©rer, puisqu’elle constitue une premiĂšre fixation Ă©rotomaniaque. Ils se rencontrent dans une bibliothĂšque, elle voit dans son regard qu’il a le coup de foudre pour elle, le dit love at first sight» et se laisse rapidement sĂ©duire pour se marier cinq mois plus tard. On Ă©tait nĂ©s Ă  quatre jours de diffĂ©rence, tous les deux capricorne, on Ă©tait fait pour la vie de bohĂšme, j’ai eu l’impression de trouver comme un jumeau, un double. Une relation Ă  la vie, Ă  la mort, on avait cette certitude que jamais rien ne pourrait nous sĂ©parer ». Cela souligne la capture imaginaire qui fait, avant tout, le ressort de l’amour psychotique, restant figĂ© sur l’axe a-a’. C’était pour elle aussi un pilier », mĂȘme signifiant qu’elle emploie pour sa mĂšre, autre point marquant le rĂŽle de ce mari comme prothĂšse imaginaire, venant sous la forme de l’amour localiser la jouissance de l’Autre. L’érotomanie, en restaurant une version sexuĂ©e de la jouissance, bien que version non Ɠdipienne, permet en effet une tempĂ©rance de cette jouissance insoutenable. Avec son mariage d’ailleurs, elle note que ses tics disparaissent, ils rĂ©apparaĂźtront temporairement au dĂ©cĂšs de son mari. L’étranger et l’éloignement de la langue maternelle ne sont pas pour rien dans cet Ă©quilibre trouvĂ© pour un temps, maniĂšre de limiter cette jouissance insoutenable de l’Autre maternel, que nous constatons frĂ©quemment comme motivation de dĂ©part pour un pays de langue Ă©trangĂšre, de langue non-maternelle. Nous pouvons prendre la mesure ici que l’érotomane est dans la certitude, certitude qu’il ou elle est un objet prĂ©cieux et unique aux yeux de l’autre, lĂ  oĂč l’hystĂ©rique ne cesse de s’interroger sur le Pourquoi me choisit-il moi? », Qu’est-ce qu’il me trouve de particulier? » ou En quoi suis-je diffĂ©rente des autres? ». LĂ  pas non plus beaucoup de doutes sur la rĂ©ciprocitĂ© des sentiments, elle en a la ferme conviction, quand la vie amoureuse ordinaire » nous fait renouveler sans cesse cette interrogation. Elle aura deux fils ; le premier souffre d’un retard mental en lien avec des complications obstĂ©tricales, associĂ© Ă  une psychose infantile ; le second, schizophrĂšne, a dĂ©compensĂ© au dĂ©cĂšs de son pĂšre. L’érotomanie, que nous qualifions ici de conjugale, n’est, en effet, pas restĂ©e sans consĂ©quence sur les enfants du couple. Ils vont vivre pendant treize ans en Écosse, une vie de bohĂšme » dit-elle. Mais elle prĂ©sente, suite Ă  un avortement, une symptomatologie dĂ©pressive, suivie de peu par son mari sur un mode mĂ©lancolique, ce qui dĂ©cide le couple Ă  rentrer en France, elle, recherchant ouvertement le retour auprĂšs du pilier» maternel. Elle prend alors un poste dans une administration comme secrĂ©taire, poste qu’elle continue d’occuper. Elle Ă©voque une vie parfaite avec son mari, nullement assombrie par les infidĂ©litĂ©s multiples et les crises de jalousie frĂ©quentes de son mari. Cet Ă©quilibre parfait » va cependant vaciller au dĂ©cĂšs de son mari, dans les suites d’un cancer. Elle va de nouveau connaĂźtre une phase de dĂ©pression, prise en charge par son mĂ©decin gĂ©nĂ©raliste avec un traitement antidĂ©presseur. Mais ce n’est pas le traitement qui va la sortir de sa dĂ©pression, sinon peut ĂȘtre en prĂ©cipitant quelque peu les Ă©vĂ©nements qui vont suivre. En effet, c’est la mĂȘme annĂ©e qu’arrive dans son administration, un jeune Ă©narque d’une trentaine d’annĂ©es elle a alors 49 ans qui va commencer Ă  avoir de drĂŽles d’intentions Ă  son Ă©gard. Il Ă©tait surnommĂ© le beau gosse ». Il Ă©tait entourĂ© d’une cour de filles, il aurait pu avoir un mannequin du 16Ăš arrondissement, alors pourquoi moi ? Il a commencĂ© Ă  jeter un regard incendiaire sur mes jambes puis sur mon ventre». Encore une fois, cette interrogation sur le Pourquoi moi?» n’était que pure rhĂ©torique dans la dialectique de sa conviction dĂ©lirante, radicalement opposĂ©e au Che vuoi?» de l’hystĂ©rique. Tout cela durera plusieurs annĂ©es, avec de nombreux petits signes qui viendront Ă©tayer progressivement ses premiĂšres certitudes. Deux ans aprĂšs son arrivĂ©e, un banal Ă©vĂšnement va dĂ©clencher, chez elle, le coup de foudre. Il lui propose en effet de l’aider, la voyant encombrĂ©e de tout son courrier. Quelques temps aprĂšs elle remarque qu’il reprend “ son jeu d’allumage avec ses regards langoureux et sensuels”. “Ça a commencĂ© Ă  m’exciter”, nous avoue-t-elle. En pleine phase d’espoir, de nouveaux signes viennent confirmer son intĂ©rĂȘt pour elle, elle se jette alors Ă  l’eau et lui envoie petits mots et mails d’abord anodins, puis dĂ©clarant de plus en plus sa flamme. Elle commence Ă  avoir des remarques de sa hiĂ©rarchie. Notre hiĂ©rarchie est trĂšs importante, notre relation n’était pas tolĂ©rable » dit-elle. Elle s’interroge alors sur les pressions que son objet a du subir pour ĂȘtre forcĂ© Ă  se plaindre d’elle. Cela ne l’arrĂȘte pas beaucoup si bien qu’aprĂšs un congĂ© pendant lequel elle lui a adressĂ© de nombreuses cartes postales Ă©voquant leur “amour contrariĂ©â€, si nous pouvons le rĂ©sumer ainsi, elle se voit convoquĂ©e par sa hiĂ©rarchie en prĂ©sence du beau jeune homme. Il se plaint de son harcĂšlement, un des deux doit donc quitter le site oĂč ils travaillent, ce sera elle. C’est Ă  ce moment-lĂ  que je commence Ă  la recevoir dans une phase de dĂ©pit, mais qui ne reste pas sans espoir. Il est mis en place un lĂ©ger traitement et un suivi rĂ©gulier qui va durer prĂšs de 7 ans, elle ne manquera aucun rendez-vous et pour cause. AprĂšs une premiĂšre phase oĂč elle Ă©voque beaucoup sa relation contrariĂ©e, relation qu’elle compare sans cesse Ă  celle qu’elle a connue avec son mari, elle prend un peu de distance sur sa situation, arrive Ă  en rire, Ă  se dire qu’elle a Ă©tĂ© idiote de tomber dans le panneau de ce sĂ©ducteur. Mon attitude alors fut de soutenir sa parole par une Ă©coute attentive de son histoire et de son dĂ©lire, de se faire le secrĂ©taire de l’aliĂ©né»2 comme le souligne Lacan reprenant l’expression de Falret, mais Ă©galement de l’aider Ă  considĂ©rer son expĂ©rience comme commune et non exceptionnelle, notamment vis Ă  vis de l’attitude de sa hiĂ©rarchie vĂ©cue de maniĂšre persĂ©cutive, maniĂšre de tempĂ©rer lĂ  aussi une jouissance insoutenable dont elle se sentait l’objet. Cette position, dĂ©licate Ă  tenir, tentait d’assurer un apaisement tout en Ă©vitant de prendre une place de grand Autre, par un discours trop mĂ©dical par exemple, qui serait devenue pour elle persĂ©cuteur. Cependant une relation transfĂ©rentielle Ă©rotomaniaque s’est instaurĂ©e avec son thĂ©rapeute, qui s’est principalement caractĂ©risĂ©e par deux choses certaines poses suggestives qu’elle adoptait lors des entretiens et la poignĂ©e de main Ă  son dĂ©part oĂč elle ne manquait pas de me caresser le creux de la main. Ce transfert fut inĂ©vitable, l’objet de l’érotomaniaque Ă©tant toujours l’homme d’un savoir, ma position de mĂ©decin ne pouvait que favoriser un tel transfert, et peut ĂȘtre sans y prendre garde avais je par quelque attitude bienveillante pu le favoriser autrement que par ma fonction. Un transfert Ă©rotomaniaque est chose assez banale dans la prise en charge au long cours des patients psychotiques, pour cette patiente, ce n’était que rĂ©pĂ©tition de sa solution dĂ©lirante. La reconnaissance de ce lien transfĂ©rentiel ne s’est pas Ă©tablie sans quelques inquiĂ©tudes, me traversait l’esprit ces descriptions clĂ©rambaldiennes d’érotomanes harcelantes ou meurtriĂšres. Cela ne semblait cependant pas ĂȘtre son cas. Identifiant ce lien transfĂ©rentiel, il s’agissait de le manier avec prudence. J’ai donc poursuivi en Ă©tant vigilant dans mes mots et mes gestes Ă  ne pas laisser trop de prise Ă  l’interprĂ©tation, Ă  ne pas alimenter en signes sa pente Ă©rotomaniaque ; je savais cependant les mots de ClĂ©rambault rapportant les propos d’une Ă©rotomane Son regard et sa voix ont toujours dĂ©menti ce qu’il me disait »3. Quoi que je dise, elle pouvait l’interprĂ©ter dans un sens qui venait appuyer sa conviction. Comment dĂ©s lors maintenir ce transfert sur un mode platonique et ne pas favoriser le glissement vers une Ă©rotomanie mortifiante»4 dans laquelle elle pouvait s’engouffrer? J’ai longuement Ă©coutĂ© ses plaintes autour de manifestations anxieuses ou somatiques multiples, de contrariĂ©tĂ©s au travail, de ses enfants et de sa difficultĂ© Ă  voir le bonheur des autres qu’elle sentait Ă©panouis sexuellement, alors qu’elle ne trouvait rien de ce cĂŽtĂ© lĂ . Il s’agissait bien pour elle de se faire l’objet de la jouissance de son mĂ©decin, en s’offrant elle, identifiĂ©e Ă  ses maux. Ses mots sur ses maux lui apparaissaient comme ce qui Ă©tait attendu d’elle par son mĂ©decin supposĂ© jouisseur. J’ai donc tenu cette place pendant prĂ©s d’une annĂ©e, constatant une certaine inertie dans son discours, puisqu’elle ne cherchait plus Ă  repĂ©rer les coordonnĂ©es de son parcours, ni Ă  s’interroger sur ses difficultĂ©s, mais simplement Ă  se faire don Ă  l’Autre. Il fut alors essentiel de ne pas ĂȘtre pris soi mĂȘme dans une forme de jouissance nĂ©vrotique. La demande, l’obsessionnel, on le sait, il n’attend que ça, il supplie qu’on lui demande dit Lacan{ref]Lacan, J. 2004. L’angoisse, 1962-1963, Seuil, Donc ne pas jouir de cette place oĂč nous met le sujet, mais aussi assumer une certaine constance dans le lien transfĂ©rentiel, ne pas vaciller et supporter les avatars de ce lien. Tout doucement, sur l’insistance de ses collĂšgues et avec mon soutien discret dans ce sens, elle a commencĂ© Ă  se mettre en quĂȘte d’un nouveau compagnon. Sorties au dancing avec ses amies, annonce de rencontre passĂ©e dans une revue consacrĂ©e aux chasseurs et enfin inscription sur Meetic, qui lui a permis de rencontrer un homme avec qui elle entretient une relation depuis. C’est un Japonais » me dit-elle, ça va faire hurler ma mĂšre!». Quelle jouissance se lisait sur son visage Ă  ce moment oĂč elle me l’annonça. Elle abandonna aussitĂŽt ses petits signes Ă  mon Ă©gard. Alors certes, c’est une relation un peu compliquĂ©e, mais qui semble cependant pleinement la satisfaire, un nouveau pilier » dit-elle encore. En effet, il apparait un peu bizarre, il est plus jeune qu’elle, a des TOC » plus qu’étranges, et a une passion pour les femmes mĂ»res » , si bien qu’il a une autre relation avec une femme tout aussi mĂ»re. Elle s’en accommode sans grande difficultĂ©, en se voyant comme la femme des sens », la femme bohĂšme », et l’autre, sa rivale, comme la femme de mĂ©nage », s’occupant des tĂąches ingrates. On voit ici la mĂ©connaissance systĂ©matique de l’autre femme comme modĂšle ou rivale, bien repĂ©rĂ©e dans la clinique classique de l’érotomanie, comme absence de jalousie. Depuis lors, ses manifestations anxieuses ont disparu, de mĂȘme que ses plaintes. Les entretiens se sont espacĂ©s, et son temps a Ă©tĂ© dĂ©sormais presque totalement consacrĂ© Ă  cette nouvelle passion. Plus signe de l’énarque, ni du thĂ©rapeute. Une Ă©volution et un parcours thĂ©rapeutique que n’aurait pas reniĂ©s Esquirol, lui qui proposait comme seul remĂšde Ă  l’érotomanie, le mariage Ă  son objet de fixation. Elle s’est, en effet, mariĂ©e au premier objet de son Ă©rotomanie. A sa disparition, elle trouve un nouvel objet avec cet Ă©narque, mais lĂ , son amour est contrariĂ©. Alors au moyen d’une fixation transitoire sur son thĂ©rapeute, elle est parvenue Ă  nouer une nouvelle relation, qui bien qu’un peu bancale, la soutient de nouveau. Cette solution Ă©rotomaniaque, solution autogĂšne de la psychose, dont on observe ici la vertu stabilisatrice, invoquĂ©e pour parer Ă  l’éminence d’un rapport mortifĂšre, le clinicien doit pouvoir y trouver un modĂšle de sa visĂ©e de thĂ©rapeute, soit l’instauration d’une fonction de limite de la jouissance, comme l’a si bien soulignĂ© Francoise Gorog dans son article sur l’érotomanie5. C’est, entre autres, une des visĂ©es de la crĂ©ation en mai 2011, Ă  son initiative, de l’Institut Hospitalier de Psychanalyse IHP Ă  l’HĂŽpital Sainte Anne, que de poursuivre une recherche et un enseignement en psychanalyse en dialogue avec d’autres disciplines et articulĂ©s Ă  la pratique clinique , l’IHP favorisant Ă©galement l’accĂšs Ă  tous au traitement psychanalytique. Bibliographie [1]Rabinovitch, S. 2007. La folie du transfert, Eres, [2] Lacan, J. 1981.Les psychoses, 1955-1956, Seuil, [3] Lacan, J. 1981.Les psychoses, 1955-1956, Seuil, [4] Gatian de ClĂ©rambault, G. 1998, ƒuvres psychiatriques, FrĂ©nĂ©sie. [5]Lacan J., 2001 PrĂ©sentation des MĂ©moires d’un nĂ©vropathe », 1966, Autres Écrits, Seuil, 213-217 [6] Lacan, J. 2004. L’angoisse, 1962-1963, Seuil, [7]Gorog, F. 1988. Histoire d’un concept l’érotomanie, Nervure-Journal de Psychiatrie4 Dr Luc Faucher Psychiatre et Psychanalyste Praticien Hospitalier Ă  l’Institut Hospitalier de Psychanalyse HĂŽpital Sainte Anne, Paris Le rĂȘve est le gardien du sommeil. Le diable est encore le meilleur subterfuge pour disculper Dieu. La conscience est la consĂ©quence du renoncement aux pulsions. L'origine des nĂ©vroses est Ă  chercher dans des traumatismes apparus durant l'enfance. L'Ă©ducation doit chercher sa voie entre le Scylla du laissez-faire et le Charybde de l'interdiction. Il existe infiniment plus d'hommes qui acceptent la civilisation en hypocrites que d'hommes vraiment et rĂ©ellement civilisĂ©s. De quelque maniĂšre qu'on s'y prenne on s'y prend toujours mal. Le rĂȘve est la satisfaction d'un dĂ©sir. Les femmes, peu aptes Ă  la sublimation, souffrent d'un trop-plein de libido. Des pensĂ©es surgissent subitement dont on ne sait d'oĂč elles viennent on n'est pas capable non plus de les chasser. Une fĂȘte est un excĂšs permis, voire ordonnĂ©. L'inconscient s'exprime Ă  l'infinitif. On ne devient pas pervers, on le demeure. Faute de pouvoir voir clair, nous voulons, Ă  tout le moins, voir clairement les obscuritĂ©s. Les qualitĂ©s de l'objet sexuel, nous les nommerons excitantes. Les femmes, c'est le continent noir. Autrui joue toujours dans la vie de l'individu le rĂŽle d'un modĂšle, d'un objet, d'un associĂ© ou d'un adversaire. AprĂšs trente ans passĂ©s Ă  Ă©tudier la psychologie fĂ©minine, je n'ai toujours pas trouvĂ© de rĂ©ponse Ă  la grande question Que veulent-elles au juste ? L'activitĂ© sexuelle s'est d'abord Ă©tayĂ©e sur une fonction servant Ă  conserver la vie, dont elle s'est rendue indĂ©pendante. La libertĂ© individuelle n'est nullement un produit culturel. Le bonheur est un rĂȘve d'enfant rĂ©alisĂ© dans l'Ăąge adulte. Au fond, personne ne croit Ă  sa propre mort, et dans son inconscient, chacun est persuadĂ© de son immortalitĂ©. Ce qui caractĂ©rise toutes les perversions, c'est qu'elles mĂ©connaissent le but essentiel de la sexualitĂ©, c'est-Ă -dire la procrĂ©ation. La joie de satisfaire un instinct restĂ© sauvage est incomparablement plus intense que celle d'assouvir un instinct domptĂ©. Le diable n'est pas autre chose que l'incarnation des pulsions anales Ă©rotiques refoulĂ©es. L'humour ne se rĂ©signe pas, il dĂ©fie. Au commencement des temps, les mots et la magie Ă©taient une seule et mĂȘme chose. Quand on m'attaque, je peux me dĂ©fendre; mais devant les louanges, je suis sans dĂ©fense. L'accumulation met fin Ă  l'impression de hasard. Notre conscience, loin d'ĂȘtre le juge implacable dont parlent les moralistes, est, par ses origines, de l'angoisse sociale» et rien de plus. L'auto-analyse est rĂ©ellement impossible... S'il en Ă©tait autrement, il n'y aurait pas de maladie. Parfois, un cigare n'est rien d'autre qu'un cigare. La grande question ... Ă  laquelle je n'ai pas Ă©tĂ© capable de rĂ©pondre ... est - Que veut la femme?» Chaque rĂȘve qui rĂ©ussit est un accomplissement du dĂ©sir de dormir. L'homme Ă©nergique et qui rĂ©ussit, c'est celui qui parvient Ă  transformer en rĂ©alitĂ©s les fantaisies du dĂ©sir. Si tu veux pouvoir supporter la vie, sois prĂȘt Ă  accepter la mort ! Si l'humanitĂ© Ă©tait capable de s'instruire par l'observation directe des enfants, j'aurais pu m'Ă©pargner la peine d'Ă©crire ce livre. On a beau rĂȘver de boissons quand on a rĂ©ellement soif, il faut se rĂ©veiller pour boire. L'humour a non seulement quelque chose de libĂ©rateur, mais encore quelque chose de sublime et d'Ă©levĂ©. Quelquefois, un cigare est juste un cigare. Platon disait que les bons sont ceux qui se contentent de rĂȘver ce que les mĂ©chants font en rĂ©alitĂ©. Je ne m'intĂ©resse pas du tout Ă  la vie aprĂšs la mort ! Ne jamais ĂȘtre nĂ©s, voilĂ  l'idĂ©al pour les mortels ! Mais Ă  peine si cela arrive Ă  un sur cent mille ! Non, la science n'est pas une illusion. Mais ce serait une illusion de croire que nous puissions trouver ailleurs ce qu'elle ne peut pas nous donner. Le premier ĂȘtre humain Ă  jeter une insulte, plutĂŽt qu'une pierre est le fondateur de la civilisation. Nous ne sommes jamais aussi mal protĂ©gĂ©s contre la souffrance que lorsque nous aimons. Nous ne savons renoncer Ă  rien. Nous ne savons qu'Ă©changer une chose contre une autre. Les souvenirs oubliĂ©s ne sont pas perdus. Les grandes choses peuvent se manifester par de petits signes. Lacan Si vous avez compris, vous avez sĂ»rement tort. Mais est-ce qu'il ne se pourrait pas que le langage ait d'autres effets que de mener les gens par le bout du nez Ă  se reproduire encore, en corps Ă  corps ... La vie ne songe qu'Ă  se reposer le plus possible en attendant la mort. La vie ne songe qu'Ă  mourir. La psychanalyse est un remĂšde contre l'ignorance. Elle est sans effet sur la connerie. L'inconscient est le discours de l'autre. L'amour consiste Ă  offrir quelque chose qu'on n'a pas Ă  quelqu'un qui n'en veut pas. L'amour c'est donner ce qu'on n'a pas. Je dis toujours la vĂ©ritĂ© pas toute, parce que toute la dire, on n'y arrive pas... Les mots y manquent... C'est mĂȘme par cet impossible que la vĂ©ritĂ© ... Est-ce que vous vous ĂȘtes aperçu Ă  quel point il est rare qu'un amour Ă©choue sur les qualitĂ©s ou les dĂ©fauts rĂ©els de la personne aimĂ©e ? Aimer, c'est essentiellement vouloir ĂȘtre aimĂ©. L'instinct, c'est la façon dont un organisme a Ă  se dĂ©pĂȘtrer aux meilleures fins avec un organe. La rĂ©alitĂ© de l'Inconscient, c'est - vĂ©ritĂ© insoutenable - la rĂ©alitĂ© sexuelle. La dĂ©couverte de l'inconscient ... c'est que la portĂ©e du sens dĂ©borde infiniment les signes manipulĂ©s par l'individu. L'inconscient est ce chapitre de mon histoire qui est marquĂ© par un blanc ou occupĂ© par un mensonge c'est le chapitre censurĂ©. L'objet du dĂ©sir, au sens commun, est, ou un fantasme qui est en rĂ©alitĂ© le soutien du dĂ©sir, ou un leurre. C'est l'accusĂ© de rĂ©ception qui est l'essentiel de la communication en tant qu'elle est, non pas significative, mais signifiante. Ce qu'il faut faire comme homme ou comme femme, l'ĂȘtre humain a toujours Ă  l'apprendre de toutes piĂšces de l'autre. ... L'angoisse est ce qui ne trompe pas. C'est le regard de l'autre qui me constitue. Le savoir est un fantasme qui n'est fait que pour la jouissance. Le second acte philosophique est de savoir rester Ă  sa place. Le premier est de dĂ©finir oĂč elle se trouve. L'imaginaire et le rĂ©el sont deux lieux de la vie. Tout acte manquĂ© est un discours rĂ©ussi. La fonction du langage n'est pas d'informer, mais d'Ă©voquer. La loi et le dĂ©sir refoulĂ© sont une seule et mĂȘme chose. C'est lĂ  l'effet pacifiant, apollinien, de la peinture. Quelque chose est donnĂ© non point tant au regard qu'Ă  l'oeil, quelque chose qui comporte abandon, ... Tout est dit, et l'on vient trop tard depuis plus de sept mille ans qu'il y a des hommes, et qui pensent. L'amour, c'est offrir Ă  quelqu'un qui n'en veut pas quelque chose que l'on n'a pas. VoilĂ  la grande erreur de toujours s'imaginer que les ĂȘtres pensent ce qu'ils disent. Un sujet normal est essentiellement quelqu'un qui se met dans la position de ne pas prendre au sĂ©rieux la plus grande part de son discours intĂ©rieur.

c est quoi l amour en psychanalyse